Les sondages rythment la vie quotidienne. On les utilise, on en use et certains en abusent. Mais lorsqu’il s’agit d’opinion politique, il convient de faire très attention. Les premiers résultats du référendum sur le maintien ou non de la Grande Bretagne dans l’Union Européenne ont fait l’effet d’une douche froide pour beaucoup d’acteurs de la sphère économique et financière. Dès l’annonce des estimations sur la tendance finale du vote, la Livre Sterling a chuté de plus de 7% (à 15h, heure de Nouméa et la chute se poursuit).

Un vent de panique qui pourtant n’est pas surprenant. Outre les problématiques liées à la constitution des panels (et donc de la représentativité – pierre angulaire de la fiabilité d’un sondage), c’est aussi la manière de présenter les résultats qui doit être remise en cause : comment est prise en compte la part d’indécis dans les résultats finaux de ces sondages ?

Dans la plupart des cas, les gens veulent un estimateur sur une base 100% (combien sont pour, combien sont contre). Mais dans la réalité, on ne peut pas procéder de la sorte. En effet, c’est méconnaître la place de l’indécision. Prenons un exemple concret :

1ère possibilité : une estimation de 50.6% pour rester, 49.4% pour quitter l’UE. Il faut aussi compter 15% d’indécis. Les commentaires sont « léger avantage au oui, résultats serrés, ils sont au coude à coude.

2ème possibilité : 43% pour rester, 42% pour quitter l’Europe et 15% d’indécis. Dans ce deuxième cas, on présente simplement les résultats sans pondérer le « OUI/NON » sur la base de ceux qui s’expriment. Et ce n’est pas du tout pareil ce n’est pas la même chose. Le commentaire dans ce cas devrait être « les indécis détiennent la clé référendum, tout peut arriver ».

Note : (43%/(1-15%)) = 50,6% et (42%/(1-15%))=49,4%

 

Outre le problème de l’interprétation des résultats dans le premier cas (les résultats ne sont pas significatifs et on ne peut dire que l’un est devant l’autre), si les commentaires avaient été plus nombreux sur la base de la deuxième présentation de l’information, les électeurs se seraient peut-être mobilisés différemment. Les anglais vivent ici ce qui est arrivé en métropole en 2002 (1er tour de la présidentielle).

A travers cette situation, dont on ne maîtrise pas encore les conséquences, on mesure toute l’étendue des précautions qu’il convient de prendre lorsque l’on est face à des publications de sondages d’opinion. Il est malheureusement très facile d’orienter l’opinion en présentant les résultats de manière décalée (tout en restant dans la légalité).

Pour conclure, vous comprendrez donc l’importance d’être des lecteurs attentifs et critiques des sondages d’opinion, cela pourrait servir, surtout pour de futures élections ou échéances cruciales.

Stéphane Renaud
Directeur de Quidnovi – Franchise du Groupe KANTAR