Décryptage du premier tour de l’élection présidentielle en Nouvelle-Calédonie

Ce dimanche 23 Avril 2017, un peu moins de la moitié des calédoniens se sont rendus aux urnes dans le cadre du premier tour de l’élection présidentielle. Le score a surpris certains commentateurs car, avec près de 30%, le front national réalise son meilleur score en Nouvelle Calédonie. Pour une première, Emmanuel MACRON dépasse les 10% ce qui est considéré comme ‘encourageant’ par ses soutiens locaux.

La question qui se pose est « que se passe-t-il ?  » Est-ce que les électeurs calédoniens sont soudainement devenus frontistes ? Pour tenter de répondre à cette question, il convient d’analyser les rapports de force aux différents premiers tours de l’élection présidentielle.

Le graphique ci-dessous montre que la gauche ne progresse plus depuis 2002 et que son niveau électoral ne dépasse pas les 35% (score atteint en 2002, toutes forces de gauche confondues, y compris les écologistes et le mouvement En Marche). Elle n’a donc pas profité de la dynamique du mouvement d’Emmanuel Macron.

Graphique 1

Corrélativement, la droite (y compris le Front National) n’a pas non plus varié et les forces en présence sont restées stables.

Quand on analyse les chiffres de manière plus précise, on note que le parti socialiste a clairement pâti de la présence du mouvement En Marche puisqu’il passe de 24,91% à 9,34%. Emmanuel Macron a donc clairement « chassé » sur les terres de gauche en Nouvelle Calédonie. La perte du parti socialiste se fait également, dans une moindre mesure, au profit de Jean-Luc Mélenchon qui gagne 5,57 points par rapport à 2012.

Graphique 2

A droite, l’effondrement du bloc LR (Ex. UMP) se fait clairement au profit du Front national (-18,5% pour Fillon, +17,43% pour Marine Le Pen). Il faut donc rechercher au sein des électeurs de la droite calédonienne les explications de ce vote.

Il semblerait, mais cela reste à confirmer, que le vote de Dimanche soit une réaction de défiance face à une situation calédonienne qui ne plairait pas à tous les électeurs loyalistes. Certains y voient des causes liées à l’insécurité de ces derniers mois et les exactions de Saint Louis. D’autres relient ce vote au manque supposé de clarté du discours de certains leaders loyalistes. Quoi qu’il en soit, une partie de l’électorat semble avoir envoyé un message de fermeté dont l’origine pourrait ne pas être liée avec la situation métropolitaine. Toutefois, seule une mesure de l’opinion pourrait confirmer ou infirmer cette hypothèse.

Le niveau de participation et le sens du vote du 7 mai 2017 pourraient  apporter des éclairages complémentaires. Mais quoi qu’il en soit, le prochain président de la république saura à quoi s’en tenir quant à la position des électeurs calédoniens sur l’échiquier politique national.

 

Stéphane Renaud

Directeur de l’institut Quidnovi – Franchise kantar TNS

 

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