Economie et compétitivité, le bon timing ?

Le dynamisme économique est en partie basé sur les effets d’entraînement des secteurs.

Par exemple, lorsqu’on réalise 100 F de chiffre d’affaires dans le bâtiment, combien en génère-t-on dans les services ? Si l’on considère les contraintes structurelles de la Nouvelle Calédonie (petite économie) et le bassin de consommation, le coefficient multiplicateur est un élément essentiel. En Nouvelle Calédonie, nous n’avons pas le choix, nous devons absolument faire circuler l’argent le plus possible pour compenser l’étroitesse du marché.

C’est ce que l’on appelle les effets d’entraînement.

Nous devons aussi garantir que l’économie calédonienne n’est pas trop concentrée. En effet, quand on assure la diversité de l’économie, on la développe. Deux entreprises, c’est souvent avoir deux fournisseurs différents qui eux -mêmes travaillent avec plusieurs fournisseurs, etc. Par ailleurs, il est fondamental que la consommation en produits non alimentaires et en services soit assurée car tout cela participe à la création d’un éco système vertueux.

Le développement économique peut ensuite prendre plusieurs chemins :

  • Soit le gouvernement intervient à des niveaux plus ou moins importants
  • Soit les autorités laissent plus de liberté au secteur privé

Ne vous y trompez pas, même dans un système libéral, les actions des acteurs sont encadrées et, généralement, c’est dans ces économies « libérales » que les sanctions sont les plus sévères en cas de manquement aux règles.

Quoi qu’il en soit, les deux approches précédentes présentent des différences fondamentales :

  • Dans le premier cas, c’est généralement l’augmentation de la pression fiscale et des recettes qui finance les actions menées. Dans certains pays, la pression est devenue telle que le système entier est sclérosé, entraînant un endettement massif qui lui-même génère indirectement des augmentations d’impôts et taxes pour couvrir les déficits publics.
  • Dans le deuxième cas, c’est principalement l’investissement privé qui assure le développement, généralement accompagné par des mesures incitatives du gouvernement. Ce système n’est pas non plus idéal et des dérives nombreuses ont été observées.

La question que l’on peut se poser est bien celle du modèle que l’on souhaite pour la Nouvelle Calédonie. Partager de la richesse certes, mais qu’il faut créer au préalable. Par ailleurs, nous devons assurer un minimum de 3 000 emplois nouveaux par an pour absorber l’arrivée de jeunes sur le marché du travail.

Or, qui créé de la richesse en Nouvelle Calédonie ? Tout d’abord les entreprises.

Dans le contexte actuel de crise, ces entreprises qui sont par ailleurs le seul vrai lieu de vivre ensemble calédonien (quelle que soit l’origine, le sentiment d’appartenance à l’entreprise transcende les différences), sont aujourd’hui dans une situation délicate. Leur activité est en baisse de 10% à parfois plus de 30% et des emplois commencent à être détruits dans tous les secteurs.

Demain, elles feront face à plusieurs évènements qui ne seront pas neutres sur leur activité :

  • La situation institutionnelle et l’avenir de la Nouvelle Calédonie qui peuvent avoir des effets négatifs sur la consommation
  • La perte de pouvoir d’achat des ménages appartenant aux classes moyennes en lien avec l’augmentation des impôts. A ce niveau, si le principe de redistribution est louable, le surplus d’impôts ne sera pas pris sur de l’épargne mais bien sur de la consommation de produits et services non alimentaires (on commence par limiter les achats dits « non essentiels »). Or, ces dépenses sont un véritable carburant pour l’économie calédonienne. Les réduire signifie mathématiquement paupériser l’économie.

Si on ajoute les effets de la TGC (surcoût de traitement) et une approche encadrée de l’activité (mesure de compétitivité), la question de la rentabilité de certaines entreprises va clairement se poser.

Il ne s’agit pas là des quelques exemples qui seront amenés à rogner leurs bénéfices de fin d’année mais bien de l’immense majorité des entreprises dont le résultat ne dépasse pas 3 à 5% du chiffre d’affaires. Pour elles, l’augmentation des charges et la réduction de leurs marges signifient clairement passer d’une activité rentable à une activité déficitaire. Certaines ne seront pas concernées car elles rentreront dans une logique de filière.

Oui mais voilà, la notion de filière ne peut concerner que certains secteurs particuliers.

Pour contrer ces effets négatifs sur l’activité, les entreprises vont réduire leurs charges et donc internaliser une partie des dépenses qui étaient confiées à des tiers. Cela provoquera une diminution des coefficients multiplicateurs et donc un affaiblissement de l’économie. Ensuite, si ce n’est pas suffisant, elles se sépareront d’employés jugés non productifs.

Là encore, contrairement à ce que l’opinion pense, les entreprises calédoniennes sont nombreuses à conserver des personnels moins productifs de par un côté affectif ou en récompense des efforts consentis par le passé. Ce phénomène, qui a complètement disparu dans les grandes économies est une marque de fabrique de l’entreprise calédonienne qui montre ainsi un visage bien plus humain que ce que l’on présente habituellement.

Oui mais voilà, l’économie calédonienne ne dispose pas de relais de croissance immédiat qui pourraient absorber les chômeurs supplémentaires générés. Donc, non seulement, certaines entreprises risquent de fermer leurs portes mais en plus, les chômeurs ne retrouveront pas nécessairement du travail.
La conséquence à venir est une baisse des recettes fiscales, une paupérisation de la société et … une baisse des budgets publics entraînant par voie de conséquence une baisse de l’économie, etc.

Sauf que dans une petite économie, une fois qu’elle s’arrête, elle ne repart pas en claquant des doigts. N’importe quel économiste connaît ces effets dévastateurs.
Au final, le mieux n’est-il pas l’ennemi du bien ?

 

Stéphane Renaud

Leave a Comment